L'histoire de l'église

Les baptistes se forment en église à Tramelan en 1872. L'église fraternisait beaucoup avec Montbéliard et était visitée par ses pasteurs. C'est en lisant la parole de Dieu que ces premiers frères furent éclairés: entre autres M. Louis Béguelin, Ami Ls. Béguelin. Le premier pasteur baptiste qui se fixa à Tramelan fut M. Ramseyer, il resta seulement une année 1873-74. Au printemps 1883 M. Aurèle Robert pasteur quittait l'Eglise nationale, après un ministère béni il y eu à Tramelan un grand réveil, un grand nombre de personnes se convertirent et, après le départ de ce cher frère, les convertis restèrent en rapport avec lui; ils éprouvèrent le besoin pour se conformer aux ordres de la parole de Dieu de se réunir d'abord chez le frère Jules Richard. C'était en 1890, ils étaient au nombre de 15 à 20. En 1891 des réunions présidées par le frère Aurèle Robert eurent un grand succès, des âmes se convertirent, des anciens de l'Eglise nationale quittèrent l'Eglise pour se joindre au groupe dit "Robertiste". Le souffle de l'Esprit se répandait, ce sont des temps inoubliables pour ceux qui les ont vécus. En deux semaines il y eut 45 baptêmes. Une chaire sur Mlle Marianne Gerber a été, entre les mains de Dieu, un instrument puissant au milieu de l'assemblée, pleine de hardiesse, d'amour et de l'Esprit d'en haut, elle donnait tout son temps à l'oeuvre de Dieu. L'assemblée devenant nombreuse dû changer de local, elle se réunissait dans la chapelle, salle des conférences (actuelle salle de paroisse). C'est en 1891 que M. P. Juillerat fut appelé comme pasteur, il était alors à Montbéliard, c'est M. A. Robert qui l'installa par l'imposition des mains. C'est en 1893 que l'église baptiste actuelle se forma par la réunion des deux groupes qui précèdent et par un 3ème groupe, qui s'était formé par une scission dans la première église baptiste. Au mois de juin 1891 cinq frères sont établis comme diacres par l'imposition des mains, ce sont : J. Lel. Monbaron, Jules Richard, Joël Alfred Wuilleumier, Célestin Oscar Wuilleumier et P. O. Wuilleumier. Au mois d'avril 1893 l'assemblée nomme deux commissions en vue de la construction d'une chapelle, l'une pour les finances, l'autre pour la bâtisse. Les frères P. Juillerat et J. Lel. Monbaron assistent pour la première fois à la conférence de l'Union baptiste à Paris. Pendant l'automne 1893, septembre, nous avons la visite de MM. Saillens et Duncan secrétaire du comité de la mission de Boston. Ces frères reconnaissent que la construction d'un lieu de culte est nécessaire, ils promettent une somme de Fr. 5'000.- pour cette construction. Au mois de septembre 1894 l'église revient sur la question de la construction d'une chapelle, elle décide de se mettre à l'oeuvre, il y avait un peu d'opposition ce qui occasionna une hésitation pour agir de suite, enfin au printemps 1895 les travaux de construction commencèrent. Pendant l'année 1894 M. Ch. Saucy remplaça M. Juillerat qui avait pris un congé d'une année pour cause de santé. Le 15 septembre 1895 inauguration de la chapelle Oratoire, étaient présents MM. Saillens, Revel, Bieler, Louys, Habrial Saucy et P. Juillerat. C'est à la fin de l'année 1896 que M. P. Juillerat quitta Tramelan pour prendre la direction de l'église de Neuchâtel et que M. Revel alors à Neuchâtel vint à Tramelan.

Prémices d'une Eglise

Si le 19 janvier 1893 peut être considéré comme la date de la fondation de l'Eglise évangélique baptiste de Tramelan, il faut convenir qu'elle est le fruit du travail de l'Esprit de Dieu dans le coeur de certains Tramelots durant les années précédentes. Un document (voir annexe: remis à Alfred Voumard pour le 20ème anniversaire...) indique que des baptistes se forment en Eglise à Tramelan en 1872 déjà et que l'Eglise fraternisait beaucoup avec Montbéliard et était visitée par ses pasteurs. Citons au nombre de ces pasteur Messieurs, Louys, Boileau , Nettillard, Biéler et Juillerat (premier pasteur de l'Eglise dans sa forme actuelle). Le même document mentionne que le premier pasteur baptiste qui se fixa à Tramelan fut M. Ramseyer, il resta seulement de 1873 à 1874. De cette époque l'Eglise ne possède, à notre connaissance, aucun document. Toutefois nous trouvons des renseignements intéressants dans le livre du pasteur Aimé Cadot Notes et Récits sur les origines des Eglises baptistes du Nord de la France et de la Belgique et sur quelques-uns des ouvriers de cette oeuvre édité en 1907. Voici ce qu'il en dit dès les pages 143 et suivantes: "Sur cette oeuvre de Montbéliard s'est greffée celle de Tramelan, dans le Jura bernois (Suisse). Le père de notre ami Béguelin, de Chauny, fabricant d'horlogerie là-bas, et homme très chrétien, fut l'un des principaux auteurs du mouvement baptiste en ce lieu. Lui et plusieurs autres avaient le désir de fonder une Eglise pratiquant le vrai baptême..." Un peu plus tard, ces frères de Tramelan, entendirent parler de notre frère Biéler et lui écrivirent. Au lieu de répondre par lettre, il porta lui-même sa réponse. Les relations qui s'établirent alors entre les frères de Tramelan et ceux de Montbéliard furent si bonnes, que bientôt notre ami Boileau fut appelé en Suisse, avec M. Nettillard, et y baptisa seize ou dix-huit personnes qui furent le noyau de l'Eglise baptiste de Tramelan, et eurent notre frère Ramseyer pour les édifier. Malheureusement, il y avait dans ce petit troupeau des frères pieux qui n'avaient pas les mêmes vues sur certains points sans grande importance. Plusieurs se séparèrent, et leur pasteur s'en alla édifier l'Eglise baptiste de Saint-Etienne (Loire). Il ne restait pas à Tramelan un fort grand nombre de frères bien unis, lorsque, dans cette partie de la Suisse, et tout autour dans un vaste rayon, il se produisit un grand mouvement en faveur de la tempérance. Or, comme plusieurs saints hommes, occupés de cette grande question, virent que les buveurs retournaient à leurs habitudes relâchées, s'ils n'étaient pas soutenus par de solides principes religieux, ils joignirent la prédication de la foi à celle de la sobriété.

Le réveil

Cette fin de XIXe siècle fut marquée dans la région, et à Tramelan dans le cas qui nous intéresse, par deux mouvements plus ou moins liés entre eux, à savoir un formidable mouvement de réveil et un autre en faveur de la tempérance. Nous reviendrons sur le développement de la tempérance dans un chapitre ultérieur. Ce mouvement de réveil ne profita pas uniquement au "milieu baptiste". Plusieurs communautés religieuses virent le jour à Tramelan en ce XIXe siècle, telles "l'Assemblée des Frères" dite "darbyste" en 1840, l'Armée du Salut vers 1890 ou encore une Eglise libre qui disparut par la suite, ses membres retournant à l'Eglise nationale ou entrant à l'Eglise baptiste. Ce réveil se fit principalement au détriment de l'Eglise nationale qui vit plusieurs de ses membres aspirant à une activité religieuse plus conforme à leurs aspirations rallier d'autres groupes encore informels comme notre "Eglise" ou d'autres communautés existantes. Nommons en particulier M. Aurèle Robert qui fut pasteur de l'Eglise nationale depuis 1875 et qui en sortit en mai 1883. Son ministère dans cette paroisse fut puissant. Il fut promoteur de l'oeuvre de la tempérance. Après son départ, plusieurs chrétiens de Tramelan restèrent en rapport avec lui et formèrent un groupe surnommé " les Robertistes", un des deux groupes qui fut à l'origine de l'Eglise baptiste. Voici, concernant ce réveil, ce que dit encore Aimé Cadot dans ses "Notes & Récits...", citant une lettre de M. Juillerat, pasteur à Marseille au moment de la rédaction de son ouvrage: "Vers 1880, mon regretté ami, le pasteur Aurèle Robert, qui avait été à Tramelan l'instrument d'un réveil dans ce village de six mille habitants, fut amené au vrai baptême par des rapports avec les frères Otto Stockmayer, de Hauptweil, et Graff, de Chardonne". Il est possible, ajoute notre frère Juillerat, que l'existence du petit groupe baptiste de Tramelan l'avait amené à penser au baptême chrétien. Ce frère avait quitté l'Eglise nationale Suisse en 1883. Aimé Cadot poursuit: "En 1891, les pasteurs Aurèle Robert et Juillerat avaient été, sous la direction du Saint-Esprit, les instruments d'un réveil pendant des réunions qui durèrent quinze jours; quarante-cinq néophytes furent immergés. Avec ceux qui avaient déjà reçu le baptême, cela faisait plus de cinquante. Dès lors se posa pour eux la question d'Eglise. Ces baptisés éprouvèrent le besoin d'avoir un pasteur, et notre frère Juillerat se rendit au milieu d'eux en mars 1891. Il avait été, lui, baptisé en 1885". Ces deux semaines de réunions eurent lieu en deux temps. Une première série de réunions se tint du lundi 12 janvier au samedi 17 janvier 1891, et l'autre du mercredi 4 février au dimanche 8 février. Voici ce qu'on peut lire à propos de la première semaine dans le journal de M. Juillerat: "Nous ne vîmes jamais rien de pareil à ces réunions. A la seconde réunion qui dura jusqu'à 11h.10 environ 150 personnes restèrent, il y eut des âmes sauvées, des interdits abandonnés, des consécrations à Dieu. La présence du Seigneur était sensible et le Saint-Esprit descendait sur nous et en nous. Oui Dieu a, à Tramelan, donné gloire à Jésus par la Parole de Vérité. Nous sentions l'approbation de Dieu, la Parole était présentée et reçue avec simplicité. Et c'est ainsi que ce troupeau de disciples a été affermi dans la vérité et accru. Oui il y a là une assemblée et le Seigneur donne consistance à ses membres. Il en fait un corps formé, Il l'amène dans l'état normal pour fonctionner selon que le Saint-Esprit donne à chacun à la gloire de Christ... ...Ces réunions sont allées en augmentant chaque jour, malgré le froid intense et la neige. Oui Dieu a manifesté la puissance de Jésus dans la vérité. J'apprends que la bénédiction a continué, dimanche. Le matin, après-midi et le soir où plusieurs âmes encore reçurent Jésus. 6 anciens de l'Eglise nationale s'avancèrent pour se consacrer au Seigneur. Le lundi il y eut encore 8 baptêmes de soeurs. Oui gloire à Dieu".

Recherche d'un pasteur

Une soeur, qui était venue se fixer à Tramelan en 1890, fut particulièrement active et c'est à son initiative que ces réunions furent organisées. Il s'agit de Mlle Marianne Gerber, fille d'anabaptistes et sortie de la maison des diaconesses de Berne. Pendant plus d'un an cette soeur déploya une activité et une énergie extraordinaire dans le travail pour le Seigneur. Pleine de hardiesse, d'amour et de l'Esprit d'en haut, elle donnait tout son temps à l'oeuvre de Dieu. C'est elle qui stimula les frères et les soeurs un peu timides, et qui donna l'élan à ce mouvement en formation. Ce fut grâce à son initiative que furent organisées les inoubliables réunions de janvier 1891. C'est également elle avec les frères qui précipita la venue de M. Juillerat comme pasteur à Tramelan. Durant ces réunions, le besoin d'avoir un conducteur se fit sentir dans l'assemblée ainsi qu'on peut le lire dans le journal de M. Juillerat, en date du 17 janvier 1891: "Ces chers amis ont éprouvé le besoin, et le besoin s'est présenté d'avoir un berger pour paître le troupeau. Soeur Marianne Gerber et les frères ont cru voir que le Seigneur m'avait désigné pour cette charge. Que sa volonté soit faite..." Après cette première série de réunions, il écrit le lundi 27 janvier 1891: "Je reçois une lettre de soeur Gerber, où elle me montre que mon chemin est tout tracé à Tramelan, que les frères éprouvent le même désir. Le dimanche 8 février, dernier jour de la deuxième série de réunions, il écrit encore: Je me trouvais pour la première fois appelé à présider le culte au milieu du troupeau dans lequel le Seigneur m'a établi berger. J'ai lu 1 Thess. 1, notre culte a été abondamment béni et le soir deux chères âmes se sont données au Seigneur". Monsieur Juillerat quitte Montbéliard le 17 mars 1891 et arrive à Tramelan le 20 mars pour s'y établir avec son épouse et ses deux fillettes. Le dimanche 26 avril 1891 est un jour solennel pour tous. M. Robert venu de Neuchâtel consacre M. Juillerat par l'imposition des mains. L'assemblée est émue et reconnaissante.

Structuration de l'Eglise

Avec l'installation du pasteur Juillerat, commence une période de structuration du mouvement baptiste à Tramelan. Le 14 juin 1891 le pasteur demande à tous ceux qui se considèrent comme faisant partie du troupeau de le lui déclarer afin d'en définir ceux qui sont membres. (Cela démontre bien que les rassemblements se tenaient de façon informelle et que la notion d'Eglise n'était pas encore clairement définie dans les esprits. Si les participants connaissaient une séparation de fait, ils ne s'étaient pas formellement séparés de l'Eglise nationale. Ils vivaient en quelque sorte en situation irrégulière. Ce n'est que plusieurs années plus tard que la situation purement administrative sera clarifiée. Plus précisément en date du 11 avril 1897 M. Revel, successeur de M. Juillerat, demande à chaque membre de démissionner par écrit de l'Eglise nationale.) Une semaine plus tard, soit le 21 juin 1891, cinq frères sont établis comme diacres par l'imposition des mains après avoir été présentés à l'assemblée qui les a reçus comme désignés par le Seigneur. Le 18 juillet, Madame Juillerat fonde l'école du dimanche avec 8 enfants. Très vite le nombre en augmente et après plus de trois mois 30 enfants bénéficient d'un enseignement approprié. Ainsi le groupe de 15 à 20 convertis qui se réunissait, à ses début en 1890, chez le frère Jules Richard et que M. Juillerat avait visité en novembre de la même année comptait à la fin de 1891 environ 70 membres.

Premières difficultés

En 1892 le besoin d'une meilleure organisation de l'Eglise s'impose. Cela se manifeste particulièrement à travers un certain malaise ressenti par le pasteur quant à sa place dans l'assemblée après 14 mois passés à la tête de l'Eglise. Voici ce qu'il en dit dans son journal en date du 16 août 1892: "Ce troupeau ne sait pas réellement reconnaître la pensée du Seigneur dans ce qui regarde le ministère pastoral, surtout en ce que je n'ai pas été reconnu et établi comme tel par les moyens ordinaires officiels" (c'est-à-dire ceux de l'Eglise nationale). Il ajoute: "Notre Eglise n'a encore aucun fond précis de doctrine établie selon la Parole et reçue par les membres... Je sens le besoin d'établir et de préciser les doctrines qui forment la base de nos assemblées, une déclaration de foi, appuyée sur la sainte Parole de Dieu, conforme à la règle à ce que l'Evangile nous montre et nous commande, quant à l'Eglise, à sa composition, à son organisation, à sa vie intérieure et extérieure dans sa marche. J'ai même pensé qu'il ne serait pas selon le Seigneur que je me rattache à l'Eglise Baptiste. Mais il me semble que le mieux c'est que nous fondions notre Eglise en l'organisant par une "confession ou déclaration de foi". Le 25 août suivant il prend la décision d'organiser des réunions traitant de l'organisation de l'Eglise: "Je me suis senti pressé d'avoir quelques réunions où j'étudierais par la Bible les questions qui regardent l'Eglise, sa composition, son organisation, sa vie. Ce troupeau ayant encore si peu conscience de ce qu'est l'Eglise constituée selon la Parole, l'ordre qui doit y régner, les attributs du pasteur, les devoirs des membres de l'Eglise". Outre ces considérations peut-être plus théologiques un autre aspect de son ministère paraît négligé par les membres et crée un problème aussi bien à l'assemblée qu'à M. Juillerat, il s'agit de son entretien matériel. L'Eglise ne pouvait-elle pas subvenir aux besoins de son pasteur ou n'avait-elle pas conscience de ses responsabilités? Toujours est-il qu'en avril 1892 M. Juillerat parle de sa situation matérielle avec le frère Monbaron. Il ressort de la discussion que malgré leurs efforts, les membres ne peuvent subvenir à son entretien. Les doutes qui l'habitent quant à sa place à Tramelan, son entretien et l'état peu structuré de l'Eglise poussent M. Juillerat à présenter sa démission à la surprise de beaucoup le dimanche 29 mai 1892. Il est convenu qu'il présiderait la réunion du soir. Sur l'insistance de l'assemblée, il accepte de continuer à présider comme par le passé aussi longtemps qu'il sera à Tramelan si telle est la volonté de l'Eglise. Cette volonté sera exprimée le vendredi suivant 3 juin à l'unanimité moins 2 voix. Il est demandé à M. Juillerat de retirer sa démission jusqu'à ce que le Seigneur lui ouvre une porte et la pensée de tous, c'est que Dieu le Père et Jésus le Chef de l'Eglise le garde au milieu du troupeau. De nouvelles conditions lui sont proposées; entre autres l'autorité du pasteur sera reconnue selon l'Ecriture. Le mois d'août est un mois de luttes et de prières et c'est dans le courant du mois de septembre que M. Juillerat acquiert la conviction que sa place est à Tramelan. Pour la question matérielle il est décidé qu'un tronc serait placé près de la porte de la salle et que chacun y déposerait son offrande au Seigneur pour l'entretien du pasteur et que lui de son côté s'attendant au Seigneur, il y aurait liberté pleine et entière de part et d'autre. Ainsi l'Eglise n'a donc plus la charge directe et préoccupante de l'entretien du pasteur. Le commentaire de M. Juillerat qu'on peut lire dans son journal en date du 19 septembre 1892 est éloquent quant aux manoeuvres du malin lorsqu'il est question d'argent et surtout très édifiant quant à la foi qui l'animait dans le Seigneur. Enfin le dimanche 16 octobre M. Juillerat peut affirmer devant l'assemblée que le Seigneur lui a montré le chemin nouveau, qu'il se sent plus à l'aise et moins dépendant du troupeau, le Seigneur l'ayant affermi dans la charge qu'il lui a confiée à Tramelan. Ainsi malgré les luttes et les sombres considérations qui les accompagnèrent, l'oeuvre de réveil se poursuivit, les baptêmes se succédèrent et l'assemblée augmenta en nombre. Une note de l'annexe 2 en date du 31 décembre 1892 indique: "Notre assemblée a terminé l'année par une réunion de prières et d'actions de grâce. Ce fut une année de labeur et d'enfantement, mais le Seigneur a donné la victoire. A ce moment tous les membres du troupeau ont reçu le baptême et désormais chaque nouveau membre entrera dans l'Eglise à travers les eaux du baptême. Pendant cette année 1892 nous avons eu 39 baptêmes". A la fin de l'année 1892 une centaine de membres composaient l'assemblée.

Intégration au mouvement baptiste

Durant la seconde moitié de l'année 1892, la question de l'adhésion de l'Eglise à l'Union des Eglises baptistes de France anima les discussions. Aimé Cadot (dans Notes & Récits sur....) écrit: "Cette même année, le frère Juillerat, avait eu la pensée de s'unir à l'Union baptiste de France. Son ami Aurèle Robert l'en dissuada. Mais il marcha tout seul. Toutefois, il crut devoir exposer son plan à chaque membre de son Eglise en particulier, et tous furent bientôt d'accord de se joindre aux Eglises baptistes françaises". Le dimanche 27 novembre le frère Michel Meyer, évangéliste baptiste à Paris préside avec M. Juillerat la réunion du soir. Il émet le voeu que l'assemblée tramelote se joigne à eux du moment que ses principes quant à l'Eglise sont identiques aux leurs. La question devient encore plus pressante quand le 11 décembre une lettre de M. Saillens, pasteur à Paris, membre du comité de l'Union des Eglises baptistes de France, parvient à M. Juillerat. Devant l'assemblée, il soumettra cette lettre exprimant le voeu de voir ces deux mouvements n'en former qu'un. Si M. Juillerat affirme dans son journal, en date du 11 décembre, être entré de coeur dans l'Union, l'assemblée bien que favorable n'a pas encore formellement manifesté son désir d'adhésion. Une note de l'annexe 2 en date du 15 décembre indique: "Cette lettre correspond au travail qui se fait en nous depuis quelques mois. Que Dieu nous conseille". Du 17 au 19 janvier 1893 Monsieur Saillens, secrétaire du comité missionnaire de l'Union des Eglises baptistes de France, donne une série de réunions, lesquelles officialisent l'entrée de l'assemblée de Tramelan dans l'Union des Eglises Baptistes. Aimé Cadot dit: "ce fut le moyen de consacrer officiellement l'Union des Baptistes de Tramelan avec leurs frères de France, et de faire en même temps un seul faisceau des baptisés amenés par notre frère Juillerat, et de ceux qui s'étaient antérieurement joints à l'Eglise de Montbéliard, après les visites de nos frères Biéler et Boileau". Lors de sa visite aux prosélytes de Tramelan, le frère Saillens usa de beaucoup de sagesse, et constata que c'était le groupe fort nombreux qui venait au petit groupe. L'annexe 2 en date du 19 janvier indique: "Journée bien précieuse et solennelle. Le rapprochement entre les amis baptistes de Tramelan (fraction dite Béguelin-Houriet) au nombre de huit personnes et notre Eglise (dite Robertiste) s'est accompli". M. Juillerat dans son journal ajoute: "Nous étions tous ensemble, les deux fractions de l'Eglise qui se sont rapprochées, réunis dans la salle où nous avons nos cultes". Le jeudi 19 janvier 1893 peut donc être considéré comme la date de la fondation de l'Eglise évangélique baptiste de Tramelan dans son appellation, sa forme et sa structure actuelle. Ceci est confirmé par le texte d'introduction de la liste des membres rédigé par M. Juillerat. Ainsi constituée et établie selon l'ordre de Dieu, notre Eglise de Tramelan continue à recevoir comme membres tous ceux qui sauvés par la grâce du Seigneur, confessent le nom du Christ-Jésus par le baptême, selon cette parole d'Actes II. - Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé. etc... Le Jeudi 19 janvier 1893 a été scellé notre entrée dans "l'Union des Eglises baptistes". Les petits groupes de Moutier et de Corgémont faisant partie de notre assemblée ont aussi adhéré à cette décision qui s'est accomplie par la bonté du Seigneur. L'ancien petit groupe baptiste se trouve ainsi réuni à nous et nous à eux pour former une seule et même Eglise (locale) dite Eglise évangélique baptiste. Le dimanche 22 janvier 1893 est qualifié par M. Juillerat de journée extraordinairement bénie pour l'oeuvre de Dieu, pour nous et pour notre Eglise. C'est le premier culte célébré en tant qu'Eglise baptiste. En ce début de l'année 1893 le réveil continue, les baptêmes se succèdent. On en dénombre 34 pour les quatre premiers mois. Outre les conversions et baptêmes nombreux il faut relever un autre fait réjouissant. Le 7 février une petite assemblée de Tramelan-Dessous, composée de 17 frères et soeurs baptisés est admise à faire partie de l'Eglise. Voici ce qu'en dit M. Juillerat le 12 février: "Excellente journée, grâce à Dieu les chrétiens baptisés de Tramelan jusqu'ici séparés en trois groupes se trouvent réunis en une seule Eglise qui retient ces trois points de la doctrine évangélique, le ministère, le baptême, la Saint-Cène. Quel bonheur d'être fondé sur la Bible et de la croire et recevoir tout entière comme la Parole de Dieu. Il ajoute, étant donc entrés dans l'Union des Eglises baptistes nous avons pu accepter la "Confession de foi". Les 12 et 13 avril Monsieur Juillerat accompagné du frère Monbaron participera à la Conférence des Eglises baptistes à Paris où il est nommé membre de la commission permanente (bureau) chargée de représenter la Conférence auprès des Eglises. Le journal de M. Juillerat ( pour la retranscription en notre possession) interrompu le 9 juin 1893 indique à cette date: "Jusqu'ici 89 baptêmes à Tramelan". Ceci après deux ans et trois mois de ministère dans la localité.

Opposition

Le mouvement de réveil qui donna naissance à notre Eglise et son accroissement ne se fit pas s'en agiter la paroisse. Ainsi dans les notes en notre possession on peut lire qu'aux réunions de novembre 1891 le public autre que les habitués s'abstient, l'influence du mouvement inquiète. Ailleurs on trouve encore, des réunions combatives sont organisées en février 1893 par le pasteur de l'Eglise nationale et le pasteur de l'Eglise libre. D'autres luttes s'engageront dans les années suivantes. Relevons que ces "luttes" servirent davantage et principalement à clarifier les positions de chacun plutôt qu'à contrer un adversaire. Le mouvement de réveil ainsi que l'émergence de sociétés de tempérance créèrent, il faut bien l'admettre, une certaine confusion dans la vie spirituelle des habitants de la localité. Toutefois ceci n'empêcha pas une certaine collaboration. Ainsi on vit, par exemple, l'Eglise baptiste se joindre à l'Eglise libre pour fêter Noël le 24 décembre 1894 à la salle des Conférences avec la présence de 350 enfants. Cette collaboration cessa dès Noël 1896, l'Oratoire ayant été construit entre temps.

Construction de l'Oratoire

Avec la croissance rapide de l'Eglise, la salle des Conférences se révéla bientôt trop petite. Le pasteur Juillerat dans son journal écrit en date du 29 janvier 1893: Le soir notre salle était tellement remplie et bondée, que même il y avait des personnes jusque dans le corridor. A quelques reprises il mentionne une assistance dépassant les 200 personnes et comptant même jusqu'à 260 personnes le lundi soir 20 février 1893. L'annexe 2 en date du 28 avril 1893 mentionne que l'Eglise comptait 175 membres y compris les annexes ( à savoir les frères et soeurs de Moutier, Corgémont et quelques autres endroits) et que 100 enfants suivaient l'enseignement de l'école du dimanche. La liste des membres , elle, laisse à penser que le nombre de membres était plus modeste et s'élevait à environ 150 personnes. Le Procès-verbal de l'assemblée du 19 février 1895, année de la construction mentionne quant à lui 174 membres inscrits. Quels que soient les chiffres, le besoin de construire une chapelle se fait sentir et occupe les esprits à plusieurs reprises. Monsieur Juillerat, le premier y pense en décembre 1892. La décision ne fut pas facile à prendre. Souvenons-nous qu'environ six mois auparavant le pasteur avait démissionné pour ne pas être à charge de l'Eglise. Toutefois une assemblée en vue de la construction d'un lieu de culte est convoquée à cet effet le vendredi 28 avril 1893. Le procès-verbal nous apprend qu'une souscription auprès des membres dépasse 4000 francs et que diverses personnes ont déjà versé 250 francs de dons. Le coût global est estimé à environ 18'000 francs, dont 2'000 à 3'500 francs pour le terrain. Une demande d'appui financier, qui pourrait s'élever entre 4'000 et 5'000 francs, a été adressée au Comité missionnaire de Boston. Au vote et sans opposition il est décidé de recueillir les souscriptions dès ce jour. Une commission dite des finances de 5 membres est nommée à cet effet ainsi qu'une autre commission dite de bâtisse de sept membres. L'assemblée décide également d'entreprendre les démarches en vue de l'achat du terrain auprès de M. Möckli, propriétaire. Les deux commissions décident de se réunir le lundi soir 1er mai déjà. Le 4 septembre M. Duncan, secrétaire du Comité de la Mission de Boston, accompagné de M. Saillens visite l'Eglise et reconnaît la nécessité de construire une chapelle. Il promet le versement d'une somme de 5'000 francs de la part de son comité. Le 8 septembre 47 membres sont réunis pour prendre une décision définitive de construire. Plusieurs expriment leurs craintes ou objections, la décision est d'importance et difficile à prendre. Le devis pour un bâtiment conçu de telle sorte qu'il puisse être rehaussé ultérieurement d'un étage pour l'aménagement d'un logement, mais comprenant uniquement une grande salle et deux petites s'élève à 14'000 francs. Une première proposition de construire un bâtiment sans logement, à condition de réunir au moins 9'000 francs jusqu'au printemps 1895 recueille 19 voix. Une deuxième proposition de construire un bâtiment sans logement dès le printemps recueille 25 voix. Trois personnes ne s'expriment pas. On le constate, l'édification d'un lieu de culte inquiète et divise les membres. C'est pourquoi le pasteur Juillerat décide de consulter une nouvelle fois l'Eglise par une lettre circulaire accompagnée d'un bulletin de vote adressée à 130 membres. Les membres sont priés de répondre par oui ou non à la question de savoir si l'Eglise veut construire sa chapelle au printemps 1895. Le 12 décembre huit membres se rendent chez le pasteur pour dépouiller les 97 bulletins rentrés. 72 membres répondent affirmativement et 9 négativement; 13 bulletins avec oui renferment des conditions diverses et 3 bulletins sont blancs. Le 18 décembre 1893 l'assemblée est informée du vote et un nouveau comité de bâtisse est nommé. Les pleins pouvoirs lui sont donnés: choisir et acheter le terrain ainsi que pour faire les démarches auprès des entrepreneurs. Au printemps 1895 les travaux de construction commencent. Si les discussions initiales ont été ardues, il semble que les membres firent preuve d'un plus grand courage pendant la phase de construction puisqu'en assemblée administrative du 25 juin il est décidé d'aménager un petit logement sous les combles en plus de l'appartement du premier étage. Un peu plus tard, le 20 août, la commission de construction demande l'autorisation de contracter un emprunt provisoire en attendant d'hypothéquer le bâtiment. Il soumet également ses projets d'éclairage et préavise pour l'éclairage électrique. Ses deux propositions sont acceptées. Le 15 septembre 1895 l'Eglise inaugure l'Oratoire en présence d'une nombreuse assistance de chrétiens joyeux. C'est une journée de reconnaissance et d'actions de grâce. Les réunions sont bénies et vivantes. Plusieurs pasteurs pour fêter avec les Tramelots ce beau jour: M. Saillens, Revel, Biéler, Louys, Habrial, Saucy et Juillerat (ce dernier ayant pris une année de congés en raison de sa santé bien faible).